Info / 08-03-2019

Gender&Series#8

« Genre ».

 

Tic de langage semi-argotique mais surtout sujet de société aux enjeux majeurs, ce mot et sa représentation à l’écran font débat.

 

Clichés, stéréotypes, discriminations : certaines séries se racontent parfois sous le soleil des tropismes.

Sous celui de Canneseries, on aimerait essayer de comprendre les dynamiques à l’œuvre et de mettre à disposition chaque semaine une sélection d’articles et d’études décryptant ce thème.

Derrière ou devant la caméra, comment sont racontés, employés les individus, et les genres auxquels ils s’identifient ? Qui a voix au chapitre quand on creuse l’envers du et des corps ?

  

It’s not a bretzel

 

Les cours d’éducation sexuelle dans les films et les séries sont souvent tournés en dérision. L’instant « Health Class » comme on l’appelle aux USA, s’apparente la plupart du temps à un moment semi-balourd de comédie un peu décalé où on n’apprend pas grand-chose de valable à part que « l’abstinence c’est la clé » comme le beugle le coach Carr dans Mean Girls.

 

  

Dans la vie comme à l’écran se traduit donc une double problématique : on parle encore trop peu de sexe aux jeunes et surtout, on leur en parle mal. Un tabou entoure le sujet et l’organe en lui-même, à tel point que dans une scène devenue culture d’Orange is the New Black, c’est Laverne Cox sous les traits de son personnage Sofia Burset qui, schéma à l’appui, en apprend plus à ses codétenues, sur un sujet qui devrait pourtant être sur toutes les lèvres.

 

La connaissance du corps notamment est souvent clé dans la pratique des sexualités de chacun. Dans Sex Education, le personnage d’Aimee découvre avec surprise qu’elle est maîtresse de son plaisir, que son corps est un instrument qu’il faut explorer et qui changera à terme la perception qu’elle a d’elle-même, de son couple, de son corps et de celui des autres.

Tous les pays ne sont cependant pas à la même enseigne et on observe à quel point l’éducation sexuelle peut influer l’évolution des mentalités et à terme des dynamiques socio-culturelles. Nos voisins scandinaves seraient étonnamment moins frileux que nous pour aborder ces sujets.

En Suède par exemple le sexe est un sujet de taille, parfaitement intégré à l’enseignement. Obligatoires depuis 1955 (vs 2001 en France) les tous premiers cours d’éducation sexuels y ont lieu dès le tout début du XXème siècle. Dès le début des années 1920, la perception de la sexualité change, et les Suédoises, qui ont déjà le droit de vote, commencent à s’émanciper et à vouloir aborder plus librement différentes questions comme celles de la prévention et du plaisir sexuel. 

Non loin de là, pas étonnant que la série norvégienne SKAM aborde le sexe chez les jeunes sans tabous et aille même accoucher de jumeaux dans d’autres pays. Bien que la version française reste plus sage que le carton scandinave, comme le développe l'article de Pierre Langlais. 

 

LIRE L'ARTICLE

 

Il serait urgent de rattraper le retard français, qui s’illustre notamment dans l’absence de représentation du clitoris dans les manuels de SVT. 

« Un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris, et 83% ignorent son unique fonction érogène. En 2019, seul un manuel de SVT sur huit représente correctement le clitoris. Prônons la fin de l’analphabétisme sexuel », scande Julia Pietri, initiatrice du mouvement It’s not a bretzel. Ce drôle d'organe n'est ni un bretzel, ni une église, ni un alien, et le mouvement encourage tout le monde à faire sa connaissance grâce à une campagne de street-art dans les rues parisiennes qui pourrait tout à fait se décliner à l'international. 

 

DÉCOUVRIR LE MOUVEMENT

 

Le cinéma et la série sont des instruments d'éducation majeurs. Sex Education ne porte pas ce titre par hasard, et il est important d'encourager une meilleure connaissance du corps, et une pratique de la sexualité inscrite dans le plaisir de savoir et le savoir du plaisir. 

 

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